[fr] Brève histoire du projet TAV Turin-Lyon et de ses opposants

Le document suivant a l’objectif de présenter les moments les plus importants du conflit en Val de Suse, ainsi qu’une overview sur ces 20 ans d’histoire. Il est important de souligner que cette présentation n’est pas exhaustive, étant donné que le projet est encore en cours et le mouvement d’opposition encore actif. Certaines des personnes et des organisations impliquées dans les deux fronts ne sont pas mentionnées ici, et certains détails de la lutte ne sont pas reportés – par exemple, il est impossible d’extrapoler de ce document le coût total du projet.

1988-91
La France invite l’Italie à joindre la ligne du TGV.
En 1990 un comité composé par des institutions publiques et privées est formé à Turin; son objectif est de promouvoir la construction de la nouvelle ligne Turin-Lyon. Le but principal de ce comité est de mettre de la pression sur la société nationale italienne des chemins de fer. Les comités italien et français poussent pour une amélioration des infrastructures existantes, avec l’ajout de la ligne TAV à soutenir l’incrément du mouvement à la fois des personnes et des marchandises (après quelque temps leurs arguments se focalisent exclusivement sur les marchandises).

Déjà dans les années 80 il y avait eu des objections contre la réalisation de plusieurs infrastructures dans la Val de Suse, une zone riche en réserves naturelles. Le TAV était considérée juste une de plus. Les opposants fondèrent une organisation appelée HABITAT, qui comprenait à la fois des résidents locaux et des politiciens. Le group ne s’identifiait avec aucune partie. L’organisation comptait parmi ces membres beaucoup de professeurs universitaires, qui devinrent après des éléments vitaux pour leur expertise technique.

1992-95
Les Ministres des Transports Publiques italien et français signent un accord qui statue la priorité de la ligne Turin-Lyon. L’Italie de son côté investie 83 milliards de lires (environ 40 millions d’Euros) en investigations pour le projet, et 24 milliards en plus sont donnés par les deux pays ensemble. En 1994 la Communauté Européenne met la ligne à grande vitesse entre ses priorités, mais elle ne fait mention à aucun investissement.

HABITAT commence une enquête indépendante, qui comprend des études sur l’impact acoustique du TAV (basés sur la ligne existante Paris-Lyon) et des investigations sur les coûts possibles. L’enquête se conclut par l’affirmation que les coûts pourraient arriver à être 4 fois plus importants que dans l’estimation officielle. Suite à ça, en France, des groupes contraires au TAV bloquent deux gares ferroviaires.

Romano Perino, maire de Mompantero (un village de 600 habitants) guide l’initiative “Maires contre le TAV”. La principale association nationale d’agriculteurs, Coldiretti, ouvre un stand contre le TAV, qui endommagerait l’agriculture de la vallée. La majorité de parties politiques locales ne s’oppose pas au TAV, avec la seule exception du Partie des Verts et la ligne dure du Partie Communiste ; dans un premier temps la Ligue du Nord est aussi contre le TAV, seulement pour changer d’avis après quelques années.

Les groupes NO TAV n’arrêtent pas de publier leurs opinions et collections de données dans leur recherche, pendant que les media traditionnels continuent à éviter le problème. L’un des pamphlets NO TAV se termine avec une référence à la Résistance contre le Nazi-fascisme, que fut très importante en Val de Suse. Les groupes français en Savoie publient un pamphlet intitulé « J’accuse ».  Les réunions du mouvement deviennent hebdomadaires, et ils le restent dans les années suivantes.

1996-97
Les Ministres des Transports français et italien créent un comité (CIG) pour travailler sur le projet. Pendent sa septième réunion le comité décide de réserver 105 milliards de plus pour des recherches géologiques, environnementalles et économiques.

Le 2 mars 1996, la première grande protestation contre le TAV se déroule à Sant’Ambrogio ; la manifestation rassemble environ 3,000 personnes. HABITAT ouvre un kiosque d’information pendant 3 jours. Dans les 18 mois suivants la société des chemins de fer italienne est visée par plusieurs actions de sabotage, ainsi que l’autoroute qui travers la Val de Suse, et l’hôtel de ville de Caprie (une autre petite ville de la vallée). Le mouvement NO TAV est accusé de ces actions mais, à l’exception du sabotage de l’hôtel de ville, qui a été prouvé être un effet involontaire d’un vol, les investigations n’ont jamais produit aucune évidence. Le mouvement a toujours déclaré de n’être jamais été impliqué dans aucun de ces faits.

1998-99
Le Ministre des Transports français semble vouloir faire un pas en arrière, et considérer la possibilité d’améliorer la ligne existante. Le PDG de la société des chemins de fer italienne révèle de ne pas avoir assez d’argent pour construire la nouvelle ligne.

Trois jeunes squatters, Silvano Pelissero, Edoardo Massari “Baleno” et María Soledad Rosas “Sole”, cette dernière de nationalité argentine, sont arrêtés et accusés d’actions terroristes. Les  procureurs déclarent qu’il y a “preuve irréfutable de culpabilité”, mais le procès final prouve qu’ils se trompaient. Malheureusement, Massari et Rosas n’écouteront jamais la sentence finale, car les deux se suicident, Baleno quelques jours après Sole. A la fin du procès, Pellissero – considéré le chef du groupe par les accusateurs, est chargé seulement de vol et incendie, et acquitté de tous les charges. Certains de charges se réfèrent à des faits remontant à l’époque où  “Sole” vivait encore en Argentine.
L’accident du Mont Blanc du mars 1999 réveille les actions pro-TAV.

2000-02
Les Ministres des Transports français et italien donnent leur approbation finale à la ligne, dont la construction devrait comprendre l’excavation d’un tunnel (c’est depuis la seule option retenue).

Il y avait déjà beaucoup d’organisations rassemblées atour d’HABITAT et les villes de la Val de Suse. L’opposition à la TAV augmente dans la proche Val de Sangone et dans la région nord-est de Turin, qui serait aussi affectée par la ligne. Un nouveau groupe, le «Comité Populaire de Lutte Contre le TAV» est créé ; il deviendra très  important, avec la participation de plus en plus de gens. Le 29 janvier 2001 des milliers de personnes suivent une manif à Turin pendant un meeting entre les autorités italiennes et françaises. En juillet 2001 les activistes NO TAV prennent part aux démonstrations contre le G8 de Gêne. Dans la même année ils dressent un camp de protestation qui est monté encore aujourd’hui une fois par an.

2003-04
L’UE inclue la ligne TAV dans le “Corridor 5” (Lisbonne-Kiev) du Réseau Transeuropéen, auquel étaient destinés des fonds européens. Sans aucun préavis, l’Italie commence à creuser à Chianocco pour des recherches géologiques. Plusieurs actions ont lieu dans cette période; par exemple, dans le mai 2003, 20000 personnes marchent entre Borgone et Bussoleno, en bloquant pour quelques heures la circulation d’une des routes principales de la vallée. Le mouvement NO TAV présente ses raisons à la Commission Européenne. Quelques activistes commencent en suite un piquet permanent contre les excavations  à Chianocco, en forçant la société à revenir sur ses intentions pour quelques temps. Une assemblée permanente de tous les opposants NO TAV  est créé.

2005
Le mouvement NO-TAV démontre une grande force, en bloquant beaucoup d’autres  excavations et l’expropriation du terrain où les travaux devraient commencer. Des postes de surveillance permanents sont créés à Bruzolo, Borgone et Venaus.
Le gouvernement répond en militarisant la vallée et en essayant de repousser les gens du site de construction. Le 31 octobre pendant la “Bataille de Seghino” les NO TAV réussissent à bloquer les forces de police sur un petit pont et à l’y arrêter pour la journée. Dans la soirée le chef de la police assure qu’il quittera la zone, pour que les activistes rentrent à la maison ; ils découvriront le jour d’après qu’un chantier a été mis en place pendant la nuit, avec 3 postes de contrôle à le défendre (les gens qui habitent à côté doivent encore montrer leurs documents à chaque fois qu’ils passent d’une zone à l’autre). Les NO TAV organisent plusieurs grandes manifestations dont, en novembre, une marche de 80000 personnes provenant de toute l’Italie. A la fin de novembre la “Libre République de Venaus” est créé. (Free Republic of Venaus)

2006-07
Du moment que la plupart de l’aire de Jeux Olympiques d’Hiver 2006 se trouve autour de la Val de Suse, le gouvernement demande une “trêve Olympique” qui est acceptée par les NO TAV. La trêve dure jusqu’aux élections nationales d’avril 2006.

En 2007 l’UE accorde 671 millions d’euro pour le TAV Turin-Lyon, pour recherche et réalisation ([voir la déclaration officielle).

Les NO-TAV poursuivent leur protestation, en dehors de l’Italie: une délégation de 6000 personnes prend part à une manifestation à Chambery, organisée par les activistes NO-TAV français. En juin une petite délégation va à Rome en parcourant la plupart du chemin à pied (800km !) et en récoltant pendant le trajet des pétitions destinées au gouvernement. Le No-TAV rejoignent un “réseau de solidarité mutuelle” avec des campagnes similaires et visitent la plupart des groups concernés, entre autres les groupes contre la construction du pont sur l’Etroit de Messine, celui contre la base militaire US de Vicenza et les groupes anti-décharge et anti-incinérateur à côté de Naples.

Le PM italien forme un comité technique (« Osservatorio Tecnico ») pour investiguer sur les problèmes connectés au projet du TAV. Le Président de ce comité est Mario Virano, ancien membre du comité pro-TAV.

2008-09
Le comité “Osservatorio Tecnico” présente un projet appelé FARE (Chemin de Fer Alpin Raisonnable et Efficient; “fare” en italien signifie aussi “faire”). Ce projet propose une amélioration de la ligne existante. Les phases 4 et 5 du projet proposent la construction d’un nouveau tunnel, pas obligatoirement utilisé par les trains à grande vitesse et seulement après la fin des 3 phases précédentes. L’échéance préconisée se situe autour de 2030.

Le NO TAV rejettent le projet, en soutenant qu’il s’agit d’une stratégie directe à laisser commencer les travaux. L’idée d’un nouveau tunnel est jugé absurde, indépendamment du fait qu’il serait utilisé ou non pour la grande vitesse. De plus, le projet FARE soutient à tort la nécessité d’une nouvelle ligne due à une apparente augmentation de la circulation, qui n’a jamais été prouvée.

En 2008 les activistes NO TAV commencent à acheter collectivement des parties du terrain destiné à la construction du tunnel. Cela dans le but de ralentir et rendre plus difficile une procédure d’expropriation, et aussi pour obtenir le droit à être présents lorsque celle-ci aura lieu.

2010
La Commission Européenne dépasse le financement pour 92 énormes projets infrastructurels concernant les réseaux européens, dont la ligne Turin-Lyon. Elle décide de réduire le fond pour la ligne de 672 millions d’euro à 662 millions. L’échéance pour le projet est reportée au 2015. Vous pouvez consulter ici les documents originaux.

Les travaux d’investigation commencent dans la zone de Turin et dans la Val de Suse, et sont protégés par un déploiement massif de forces de sécurité. Les travaux commencent réellement seulement dans quelques sites. Un incendie détruit le poste de surveillance permanent des NO TAV à Bruzolo ; il y a suspicion d’incendie criminel, successivement confirmé par 2 autres incendies, l’un desquels détruit complètement un autre poste NO TAV. Le mouvement répond avec de nombreuses initiatives de protestation (démonstrations, marches et nouveaux postes). Ils vont aussi au Parlement Européen à Strasbourg à expliquer les raisons de leur protestation, avec les activistes NO TAV de France et Espagne.

2011
L’UE décale d’un mois – de mai à juin – l’échéance de la mise en place par le gouvernement italien de tous les pré-requis aux travaux. Ces discussions sont fondamentales pour la validation du fond européen. L’urgence de commencer les travaux porte, tout au long de l’année, à une militarisation massive de la vallée, avec les forces de sécurité à protéger les sites de construction.

Le gouvernement italien – qui en 2004 avait concordé avec la France de financer le 63% de la section partagée de la ligne, en échange de la construction de deux couloirs dans le tunnel – demande à la France de revenir à l’accord original, où les deux pays partageaient le 50% des coûts. La France refuse. La seul solution serait de diviser le projet en phase, mais cela signifie perdre le fond européen. Le 28 septembre les deux pays concordent que l’Italie financera le 57,9% de la section internationale, et la France le 42,1%.

Lyon Turin Ferroviaire (LTF), une société fondée en 2001 pour organiser la construction de la section internationale de la ligne, poursuit en justice 3 leaders du mouvement NO TAV pour avoir empêché les investigations préliminaires au projet avec leur manif. Des autres activistes NO TAV reçoivent des avis de convocation à paraitre au tribunal pour des faits advenus dans l’année précédente. Un des procès commence en avril contre un maire et un ex-maire, accusés d’assauts aggravés contre des officiers de police qui auraient eu lieu pendant les émeutes de décembre 2005. Le mouvement continue à organiser des démonstrations, des marches, des événements culturels, et des postes de surveillance pour bloquer les travaux. Un des postes permanents fonde la “Libre République de la Maddalena”, dans la ville de Chiomonte. Il devient clair que la lutte NO TAV est aussi une lutte pour la démocratie, que dans la vallée ainsi que dans des autres régions d’Italie, semble trembler vis à vis la répression et le manque de dialogue.

Le 27 juin, trois jours avant l’échéance donnée par l’UE, environ 2500 policiers expulsent les occupants du poste de surveillance de Chiomonte dans le milieu de la nuit. La zone entière commence tout à coup à être clôturée (les NO TAV soutiennent qu’à cause du manqué d’argent pour les travaux du gouvernement italien, les clôtures avaient été montés seulement pour faire croire à l’UE que les travaux avaient commencés, et ainsi obtenir leur fond).

Le jour suivant plusieurs protestations NO TAV se soulèvent tout au long de la journée, avec des affrontements entre les forces de sécurité, qui cherchent à pousser les manifestants avec des gaz lacrymogènes, et les manifestants, dont quelqu’un jette des pierres à la police. Les jours suivants les protestations NO TAV se multiplient. Ils demandent la solidarité de tout le pays et ils organisent une démonstration nationale dans la zone de Chiomonte le 3 juillet. Environ 50000 personnes participent. Après la marche à travers les sentiers de la vallée, des affrontements entre quelques manifestantes et la police ont lieu, à côté de la zone clôturée. Du gaz CS est utilisé par la police pour disperser les manifestants, pendant que ceux-ci jettent des pierres et des autres objets à la police. Il y a beaucoup de vidéos sur YouTube qui montrent la police lancer du gaz CS à hauteur des yeux, par exemple celui-ci. L’utilisation du gaz CS est illégale en Italie, en accord avec une convention internationale.

Malgré la gravité de ces événements, qui ont provoqué des blessures des deux côtés et l’arrestation de quatre activistes, sans compter les effets des gaz CS, il faut souligner le grand nombre de participants de toute âge et en provenance de toute l’Italie. Les participants décrivent cela comme un fleuve inondant les montagnes, dont on ne peut pas voir la fin. L’un des nombreux vidéo de la journéeUn bon sommaire de quelqu’un des événements et des violences de la police, avec sous-titres anglais.

Les jours suivants des assemblées pour discuter les événements et organiser la lutte s’organisent, avec la préconisation de nouvelles stratégies. Les démonstrations NO TAV se déroulent pour tout l’été, dans la vallée, à Turin, dans la val Sangone, à Gêne pour le dixième anniversaire du G8, et en Ombrie pour l’annuelle Marche de la Paix de Pérouse à Assises. Plus d’une fois les manifestants réussissent à pénétrer dans la « zone rouge » de la Val de Suse – de plus en plus militarisée – et à abattre quelques clôtures. Pour les vendanges de septembre les cultivateurs locaux doivent présenter une liste avec les noms des personnes en charge des même, pour leur faire obtenir une permission temporaire à passer les check points.

Resources
[fr] http://www.notav-valsangone.eu/index.php?option=com_content&view=frontpage&Itemid=1
[fr] http://www.transalpine.com/breves/lyon-turin-accord-financier-entre-france-et-italie?noReturn=1
[en] http://www.ceecec.net/case-studies/high-speed-transport-in-italy/
[it] http://www.spintadalbass.org/storiamain.htm
[it] http://www.spintadalbass.org/images/TAV%20Forse%20non%20tutti%20sanno%20che%20-%2020%20Mar%2006.pdf
[it] http://www.spintadalbass.org/appuntamenti.htm
[it] http://www.notavtorino.org/
[it] http://www.notavtorino.org/documenti/storia%20TAV.pdf
[it] http://www.notav.eu/modules.php?name=Zina&op=modload&file=index&p=Documenti
[it] http://www.torinotoday.it/cronaca/movimento-no-tav-storia-cronologia-2005-2011.html
[it] http://it.wikipedia.org/wiki/NO_TAV
[it] http://www.linkiesta.it/no-tav-vent-anni-di-battaglie-val-di-susa
[it] http://www.trail.liguria.it/Interventi/Corridoio_5/lione-to.htm

15/12/2012

4 Responses to [fr] Brève histoire du projet TAV Turin-Lyon et de ses opposants

  1. Pingback: [en] No-TAV demo on 23rd March | Struggles in Italy

  2. Pingback: [en] The view from here: NoTAV eyewitness account | Struggles in Italy

  3. Pingback: [en][Translation] Appeal from the families of the four No-TAV demonstrators arrested for terrorism | Struggles in Italy

  4. Pingback: [fr] [Traduction] Appel des familles des activistes NoTav arrêtés pour terrorisme | Struggles in Italy

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